L’artificialisation des terres, une fatalité ?

Nous constatons, en France, en Europe et dans le reste du monde, une artificialisation croissante de nos  terres  cultivables,  qui fragilise  dangereusement  l’avenir  alimentaire,  économique,  social  et écologique  de  nos  territoires.  Cette  situation  n’est cependant  pas  une  fatalité  et  de  nombreux éléments de réponses sont à notre portée.

Chaque année, près de 75 000 hectares de Surface Agricole Utile disparaissent en France (voir l’étude réalisée entre 1989 et 2007 par l’association Solagro pour le Centre Commun de Recherche de la Commission Européenne).  Cela correspond à la surface moyenne d’un département français (600 000 ha) tous les 8 ans, ou à celle d’un stade de foot (0,8 ha) toutes les 6 minutes.
Le Pays de Rennes perd pour la seule urbanisation l’équivalent de 200 hectares de surface agricole par an.
Sur la commune d’Acigné, ce sont 100 ha qui vont disparaître dans les 10 ans à venir, si l’on n’y prend garde !
Ce phénomène d’artificialisation des sols s’accélère quand il est lié à l’étalement urbain, c’est à dire quand l’urbanisation s’étend à une vitesse plus rapide que la croissance de la population.
Il réduit irrémédiablement notre capacité de production agricole, ce qui fragilise à la fois notre souveraineté alimentaire nationale et réduit notre potentiel d’exportation vers un certain nombre de pays partenaires. Nous devons donc stopper de toute urgence cette hémorragie foncière qui tend à s’accélérer.
Elle crée une forte concurrence pour les candidat(e)s à l’installation agricole en faisant monter globalement les prix du foncier. Le recensement agricole de 2010 indique ainsi un prix moyen de 5 230 euros l’hectare, ce qui met l’exploitation de taille moyenne (55 ha) à plus de 250 000 euros. Pour de jeunes agriculteurs, s’installer sans hériter de terres familiales est donc devenu hors de portée. Cette concurrence foncière constitue donc un frein très important  pour  le  renouvellement  de  la  profession  agricole.  Ainsi,  chaque  année,  32  000 agriculteurs quittent en moyenne la profession et sont remplacés par seulement 13 000 nouveaux venus. Voir  l’article de Manuel DOMERGUE.
Cette  disparition  foncière  fragilise  notre  avenir  économique  et  social. Les  terres  cultivables constituent en effet un capital indispensable pour redéployer de l’activité et de l’emploi durable au sein de nos territoires
L’ artificialisation  des  terres  a  enfin  des  conséquences  écologiques  graves.  Elle  entraine l’imperméabilisation des sols et augmente le ruissellement de surface, ce qui renforce les phénomènes d’inondations et réduit le renouvellement de nos nappes phréatiques. Elle contribue, par ailleurs, au réchauffement de nos sols, ce qui a un impact négatif sur la température globale de la planète. Elle contribue, de plus, à l’étalement urbain et à la circulation des véhicules qui génèrent pollutions et gaz à effet  de serre.  Elle entraine enfin  le rétrécissement des niches écologiques et la disparition  de la biodiversité.
L’agriculture, contrairement à d’autres types d’activités, est totalement liée aux capacités réelles de son sol, de son territoire. Elle façonne le paysage et, au fil du temps, apporte au sol plus ou moins de valeur ajoutée (potentiel agronomique).
Le constat récent est que, vis à vis de l’urbanisation, les espaces agricoles sont très peu protégés par rapport aux espaces naturels. C’est pourquoi des dispositions réglementaires commencent à voir le jour pour les protéger durablement.
C’est le cas des « Champs urbains ». dans le SCOT du Pays de Rennes. Il est également possible de créer des zones agricoles protégées (ZAP) pour préserver des prairies, des bocages et les services écosystémiques qu’ils rendent ou bien de fixer  des périmètres de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains (voir l’expérimentation PAEN).
Encore faut-il que les collectivités se saisissent de ces outils pour affirmer un projet de développement agricole local.
Les objectifs de densification mis en place pour réduire la vitesse de consommation des terres agricoles, sont à étudier finement, dans chaque contexte particulier en tenant compte de la multiplicité des paramètres en jeu (place de la voiture, des espaces verts, des espaces publics,  etc.), sans faire l’économie d’une réflexion approfondie et d’un large débat entre toutes les personnes concernées.

Sur le même sujet et dans un autre contexte, voir les actions du « collectif de Défense des Terres Fertiles  » des Bouches du Rhône.